Château de la Motte-Husson : l’histoire vraie du domaine le plus filmé de la Mayenne

📌 En bref — ce qu’il faut retenir

  • Le château se dresse à Martigné-sur-Mayenne, à 2 km au nord du bourg, sur un site fortifié depuis le Moyen Âge.
  • L’édifice actuel, de style néo-Renaissance, a été bâti entre 1868 et 1874 pour la comtesse Louise-Dorothée de Baglion de la Dufferie.
  • Il compte cinq étages, deux tours « poivrières » et 47 pièces, le tout cerné de douves carrées d’origine et d’un parc de 4,9 hectares.
  • Resté vide une quarantaine d’années, il a été racheté en janvier 2015 par Dick Strawbridge et Angel Adoree, qui en ont fait le décor de l’émission Escape to the Chateau (« Rénovation XXL »).
  • En 2026, le domaine reste une résidence familiale privée doublée d’une activité d’événementiel et d’ateliers.

Il y a des bâtisses qui marquent les esprits. Le château de la Motte-Husson en fait partie. Vous l’avez sans doute aperçu sur votre écran, baigné de cette lumière dorée si particulière à la campagne mayennaise… mais derrière les images léchées de la télé se cache une histoire bien plus longue, bien plus dense que celle d’un simple couple anglais venu jouer aux châtelains.

Un fief médiéval. Une comtesse qui voulait sa demeure de rêve. Quarante années de silence, de poussière et de mérule. Puis une renaissance spectaculaire. Voilà, en quatre temps, le récit que je vais vous dérouler. Accrochez-vous — ça vaut le détour.

Où se trouve exactement le château de la Motte-Husson ?

Direction la Mayenne, en région Pays de la Loire. Le château se niche sur la commune de Martigné-sur-Mayenne, à environ deux kilomètres au nord du bourg. Une campagne douce, vallonnée, traversée par la rivière qui a donné son nom au département.

Le décor ? Des prairies, des bosquets, le clapotis discret de l’eau dans les douves. Quand on approche par la petite route, la silhouette se révèle d’un coup, derrière les arbres : deux grandes tours coiffées de toits pointus, une façade claire, et cette eau immobile qui ceinture l’ensemble comme une parenthèse hors du temps. On comprend tout de suite pourquoi des producteurs de télévision ont eu le coup de foudre.

Une histoire qui commence bien avant le château actuel

Voici le détail que la plupart des articles oublient : le bâtiment que vous voyez aujourd’hui n’est pas le château d’origine. Loin de là.

Du fief médiéval à la famille Husson

chateau de la motte husson

Le site est occupé depuis très longtemps. Entre le XIIe et le XIVe siècle, l’endroit n’était qu’une place forte — une motte castrale, comme on en trouvait partout dans la France féodale, dans la paroisse de La Motte. C’est en 1406 que la famille Husson, seigneurs de Montgiroux, donne au lieu le nom qu’on lui connaît : château de la Motte-Husson. Deux mots, deux héritages, soudés pour de bon.

L’arrivée des Baglion de la Dufferie en 1600

Tournant majeur en 1600 : le domaine passe entre les mains de la famille de Baglion de la Dufferie, descendante des princes de Pérouse, en Italie. À cette époque, on décrit un ensemble fortifié complet — cuisine, chambres, chapelle, pont-levis et, déjà, ces fameuses douves. Une vraie petite forteresse, donc, qui n’a presque rien à voir avec l’élégante demeure actuelle.

Les Baglion vont conserver le lieu pendant des générations… et même bien plus longtemps qu’on ne l’imagine, on y reviendra.

1868-1874 : la naissance du château néo-Renaissance

chateau de la motte husson

Voici le cœur du récit. Au XIXe siècle, une femme de caractère entre en scène : la comtesse Louise-Dorothée de Baglion de la Dufferie (1826-1902). Selon le récit transmis sur place, elle aurait tout simplement annoncé à son mari qu’elle voulait une grande demeure érigée à l’emplacement du vieux fort. Et elle a obtenu gain de cause.

Le château actuel sort de terre entre 1868 et 1874, dans le style néo-Renaissance alors très en vogue en France. Détail savoureux pour les amateurs de patrimoine : les plans et les factures d’origine de la construction existent encore et sont exposés à l’intérieur même du château. Un témoignage matériel rarissime.

💡 Le saviez-vous ? La résidence principale de la comtesse se trouvait près de Nantes, à une centaine de kilomètres de là. La famille passait les hivers dans le climat plus doux du littoral, et réservait la Motte-Husson aux séjours d’été. Ce splendide château n’était, au départ, qu’une résidence secondaire.

Architecture : ce qu’il faut savoir sur la bâtisse

Le château impressionne autant par ses volumes que par ses détails. Voici sa carte d’identité architecturale.

Caractéristique Détail
Style Néo-Renaissance
Étages Cinq niveaux
Pièces 47 chambres et pièces
Tours Deux grandes tours à toit en poivrière (« pepper shakers »)
Hauteur Environ 25 mètres
Accès Un spectaculaire perron à double rampe
Domaine Douves carrées d’origine, jardin clos, orangerie, écurie, parc de 4,9 hectares

Les douves carrées sont l’un des éléments les plus identifiables du domaine. Elles ne datent pas du XIXe siècle : ce sont les vestiges du fort médiéval, conservés et intégrés au nouveau projet. Une couche d’histoire qui en cache une autre, en somme.

Quarante ans de silence : le château oublié

Tous les châteaux ne traversent pas les siècles sans accroc. Celui-ci a connu sa traversée du désert.

Le domaine est resté dans la famille de Baglion sur une durée remarquablement longue. Guy de Baglion de la Dufferie en avait reçu le titre en 1954, dans le cadre d’une dot, et l’a possédé jusqu’à sa mort en 1999. Mais peu à peu, la grande demeure s’est éteinte. Plus personne pour l’habiter vraiment. Une quarantaine d’années d’inoccupation, pendant lesquelles l’humidité, le froid et le temps ont fait leur œuvre.

Imaginez l’état des lieux au début des années 2010 : pas d’électricité, pas de chauffage, des traces de mérule — ce champignon redoutable qui dévore les charpentes — et de l’amiante à neutraliser. Le genre de chantier qui ferait fuir à peu près n’importe qui de raisonnable.

2015 : les Strawbridge entrent en scène

Famille Strawbridge

C’est là qu’arrive le chapitre que tout le monde connaît — du moins en partie.

En octobre 2014, un couple anglo-français visite la demeure. Dick Strawbridge, ancien lieutenant-colonel de l’armée britannique reconverti en ingénieur et présentateur, et Angela Newman, plus connue sous son nom professionnel d’Angel Adoree, créatrice et passionnée de décoration vintage. Coup de foudre immédiat. L’achat est finalisé en janvier 2015.

Le montant fait souvent jaser : autour de 280 000 livres sterling, soit à peu près 390 000 euros à l’époque. Une somme presque dérisoire pour un château de cette taille — mais qui s’explique très bien quand on connaît l’ampleur des travaux à venir.

🎬 Au fait, « Escape to the Chateau » ou « Rénovation XXL » ?
C’est le même programme. Le titre original britannique est Escape to the Chateau, diffusé sur Channel 4 à partir de 2016. En France, l’émission a été rebaptisée « Rénovation XXL ». Elle suit, saison après saison, la restauration du château et la vie de la famille.

Une restauration hors norme

Ce qui rend l’aventure des Strawbridge si captivante, c’est leur méthode. Pas de chèque en blanc, pas de bataillon d’artisans débarquant en même temps. Le couple a avancé pièce par pièce, en hiérarchisant : d’abord l’invisible mais vital — réseaux électriques, plomberie, étanchéité des toitures, traitement de l’humidité — puis les espaces capables de générer des revenus, et seulement ensuite les finitions décoratives.

Dick s’est chargé de la technique et de l’ingénierie. Angel a piloté l’âme du lieu : couleurs, papiers peints, mobilier chiné, ce mélange si reconnaissable de vintage chaleureux et de raffinement. À deux, ils ont transformé une ruine glaciale en une demeure vivante. Et accessoirement, ils s’y sont mariés et y ont élevé leurs deux enfants, Arthur et Dorothy.

Que devient le château de la Motte-Husson en 2026 ?

L’émission télévisée s’est achevée fin 2022. Mais le château, lui, n’a pas refermé ses portes — il a simplement changé de rythme.

Aujourd’hui, le domaine fonctionne comme une résidence familiale privée doublée d’une petite entreprise patrimoniale. Le modèle repose sur plusieurs piliers : l’événementiel haut de gamme (mariages et réceptions, en nombre volontairement limité), des ateliers thématiques autour de la décoration et du jardinage, des séjours, ainsi que les activités éditoriales et commerciales du couple — livres, tournées de conférences, collections d’objets et de textiles.

La communication passe désormais surtout par leurs propres canaux : le site officiel thechateau.tv et leurs réseaux sociaux. Une manière de garder la main sur leur image… et un peu d’intimité, après des années de caméras omniprésentes.

⚠️ Bon à savoir avant de prévoir une visite
Le château de la Motte-Husson est une propriété privée habitée. Il ne se visite pas comme un monument public : il n’y a pas de billetterie libre ni d’horaires d’ouverture quotidiens. L’accès se fait uniquement dans le cadre d’événements, de séjours ou d’ateliers, sur réservation. Pour connaître les disponibilités, le site officiel reste la seule source fiable et à jour.

Pourquoi ce château fascine autant ?

On pourrait croire que tout repose sur l’effet télé. Ce serait passer à côté de l’essentiel.

Si la Motte-Husson touche autant de monde, c’est qu’elle raconte quelque chose d’universel : la seconde chance. Un lieu chargé de siècles d’histoire, laissé pour mort, puis ramené à la vie par la patience et l’obstination. Il y a là une leçon qui dépasse largement le patrimoine — et qui, soit dit en passant, a relancé le tourisme dans toute la Mayenne, attirant des visiteurs venus de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, des Pays-Bas et même d’Australie.

Ajoutez à cela une architecture néo-Renaissance photogénique, des douves médiévales, une comtesse autoritaire, un loup naturalisé dans la cage d’escalier — vestige du dernier loup de la région, abattu, dit-on, depuis une fenêtre du château — et vous obtenez un lieu qui ne ressemble à aucun autre. Du roman, du vrai, écrit dans la pierre.

Conclusion

Le château de la Motte-Husson n’est pas qu’un joli décor de télévision. C’est un condensé d’histoire de France : un fief médiéval devenu forteresse, une forteresse devenue rêve de comtesse, un rêve tombé dans l’oubli, puis sauvé in extremis. Chaque pierre porte une couche du récit.

Que vous soyez passionné de patrimoine, fan de l’émission ou simple curieux, retenez ceci : ce qui se joue à Martigné-sur-Mayenne, c’est la démonstration vivante qu’un héritage, même au bord du gouffre, peut retrouver son souffle. Et ça, franchement, ça donne envie d’y croire.

FAQ — Château de la Motte-Husson

Où se trouve le château de la Motte-Husson ?

Il est situé à Martigné-sur-Mayenne, dans le département de la Mayenne (région Pays de la Loire), à environ deux kilomètres au nord du bourg.

Qui sont les propriétaires du château ?

Le château appartient depuis janvier 2015 à Dick Strawbridge et à son épouse Angela Newman, plus connue sous le nom d’Angel Adoree. Le couple anglo-français y vit avec ses deux enfants, Arthur et Dorothy.

Quand le château a-t-il été construit ?

L’édifice néo-Renaissance actuel a été bâti entre 1868 et 1874 pour la comtesse Louise-Dorothée de Baglion de la Dufferie. Le site lui-même est toutefois fortifié depuis le Moyen Âge, et le nom « Motte-Husson » remonte à 1406.

Peut-on visiter le château de la Motte-Husson ?

Le château est une propriété privée habitée. Il ne se visite pas librement comme un monument public : l’accès se fait uniquement via des événements, des séjours ou des ateliers, sur réservation. Le site officiel thechateau.tv indique les disponibilités.

Quel est le lien entre le château et l’émission « Rénovation XXL » ?

Le château est le décor de l’émission britannique Escape to the Chateau, diffusée à partir de 2016 et rebaptisée « Rénovation XXL » en France. Le programme documente la restauration du domaine par les Strawbridge. Les tournages de la série principale se sont achevés fin 2022.

Combien le château a-t-il coûté ?

Les Strawbridge ont acquis le domaine pour environ 280 000 livres sterling, soit près de 390 000 euros à l’époque. Un prix modeste qui s’explique par l’état du bâtiment : ni électricité, ni chauffage, et la présence de mérule et d’amiante.